Depuis fin 2024, les IA génératives arrivent dans les collectivités sans mode d’emploi : le risque est de choisir entre un usage sauvage et non sécurisé par les agents, ou un rejet par excès de prudence qui prive le service public de gains réels.
Autre écueil identifié sur le terrain : chaque direction invente sa solution dans son coin, sans savoir qu’un collègue a peut-être déjà résolu le même problème ailleurs dans la collectivité.
Le Département du Loiret a choisi une troisième voie : tester d’abord, mesurer ensuite, déployer seulement ce qui fonctionne — 7 cas d’usage réels expérimentés en 2025 (dont un arrêté par choix assumé), pour un budget de lancement maîtrisé de 7 128 €.
Depuis 2026, une gouvernance légère pérennise ce cadre : une cellule opérationnelle qui anime, un réseau de 35 référents qui relaie sur le terrain, et un dialogue social continu qui garantit la confiance.
L’ambition n’est pas d’imposer un outil, mais d’outiller la décision : savoir où l’IA rend service, où elle ne doit surtout pas être utilisée, et comment le vérifier collectivement.
Au Loiret, l’IA se construit avec ceux qui l’utilisent
Porteur(se) de projet
La problématique
Un projet collaboratif
Le projet mobilise l’intelligence collective à tous les étages : 35 référents IA volontaires dans les directions, dont le rôle a été co-construit avec eux, relaient les usages sur le terrain, appuyés par une cellule opérationnelle, un comité stratégique pluridisciplinaire (DPO, RSSI, RH, Communication, DGA, DSI) et un dialogue permanent avec les organisations syndicales, coautrices de la charte. En interne, la mutualisation est systématique : chaque solution développée pour un métier (revue de presse, contrôle des notes de frais) est pensée comme réutilisable ailleurs plutôt que comme un cas isolé. Cette logique dépasse les murs du Département : l’outil bâti pour instruire les dossiers de Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) — un sujet technique réservé jusque-là à des spécialistes — a été intégralement partagé en libre téléchargement sur les réseaux professionnels, pour que d’autres collectivités puissent se l’approprier et l’adapter à leur propre pratique. Un choix assumé : donner plutôt que garder, avec la seule précaution de rappeler que chacun doit le relire et l’ajuster à son contexte. La démarche est également nourrie par une veille active sur les pratiques d’IA dans les territoires, partagée en continu sur les réseaux professionnels.
Partenaires cités : DPO, RSSI, DRH, Direction de la Communication (interne) ; communes du Loiret (dossiers CEE) ; écosystème territorial élargi via le partage ouvert d’outils (LinkedIn).
Un projet performant
Les résultats sont désormais consolidés sur 6 mois d’usage réel. Côté économique : Dicte.ai, déployé dans 21 directions, génère 60 000 € d’équivalent temps gagné sur les seuls comptes-rendus (hors valorisation de la retranscription, sinon 240 000 €), pour un coût externalisé de 15 200 €/an (22 licences Claude Team Pro + 21 licences Dicte.ai) ; l’outil de revue de presse fait gagner 50 % de temps par jour (contre 1h30 auparavant) et 7 000 €/an de licences. Côté sociétal : la mise en forme des inventaires d’archives passe de 3 jours à 1 heure (une dizaine de fois par an), le contrôleur CEE fait gagner environ 50 % de temps par dossier instruit pour le compte des communes, et les rapports techniques bruts des stations d’épuration sont digérés pour les élus en 40 minutes de moins par rapport (150 rapports par an). Côté individuel et organisationnel : une équipe technique a réalisé en 3 mois ce qui était planifié sur 12 mois, se dégageant du temps pour construire ses propres outils métier. Le facteur clé de succès n’est pas que quantitatif : c’est la confiance installée par la charte d’utilisation, le réseau de référents et la cellule opérationnelle, qui permet aux besoins de remonter au grand jour et à un usage local de profiter à toute la collectivité. Coût humain assumé en contrepartie : environ 1,2 ETP dédié à la cellule opérationnelle, sans compter le temps des agents porteurs de besoin.
Un projet inspirant
Le projet suscite l’adhésion parce qu’il assume ses échecs autant que ses réussites : sur 7 cas d’usage testés, un a été arrêté publiquement (autorisations de voirie) faute de pertinence, une transparence qui a nourri sa reconnaissance externe. La démarche a été relayée par la presse spécialisée : La Gazette des communes (mars 2025, sur l’accompagnement plutôt que le contrôle du « shadow IA »), la Banque des Territoires (octobre 2025, sur le choix d’outils frugaux), IA4Business (mars 2026, « 5 leçons d’une expérimentation qui change la donne »), ainsi que par des médias professionnels audiovisuels comme Acteurs publics TV et le podcast Parlez-moi d’IA (en partenariat avec l’AFNOR). Elle a également été présentée en conférence universitaire sur le droit public face à l’IA, et lors des Rencontres de l’innovation éditoriale 2026 pour raconter comment 50 métiers différents ont été embarqués dans la démarche. Sa reproductibilité est immédiate : la gouvernance à quatre niveaux et les outils eux-mêmes sont pensés pour être transposés ailleurs — la skill d’instruction des dossiers CEE est même publiée en libre téléchargement. Ce qui inspire, au fond, c’est la preuve qu’une collectivité peut réconcilier rigueur méthodologique et audace, au point d’en faire un cas d’école cité au-delà de ses propres frontières.
Sources et retombées citées :
La Gazette des communes, 10 mars 2025 — https://www.lagazettedescommunes.com/973770/face-aux-usages-caches-de-lintelligence-artificielle-les-collectivites-visent-laccompagnement-plutot-que-le-controle/
Banque des Territoires, 21 octobre 2025 — https://www.banquedesterritoires.fr/ces-collectivites-qui-tentent-de-domestiquer-lia-generative
IA4Business, mars 2026 — https://www.ia4business.info/ia-au-departement-du-loiret-5-lecons-dune-experimentation-qui-change-la-donne-2025-2026
Limpida (blog), mai 2026 — https://www.limpida.com/blog/ia-generative-agents-publics
Podcast « Parlez-moi d’IA » n°79, Radio Cause Commune, 11 octobre 2025 — https://cause-commune.fm/podcast/parlez-moi-d-ia-79/
Podcast Entourages.media, « Transparence, concertation, terrain », juillet 2026 — https://www.entourages.media/p/transparence-concertation-terrain
Acteurs publics TV (Afterwork) — https://acteurspublics.fr/webtv/emissions/afterwork/sandrine-gerard-trois-quarts-dheure-gagnes-par-jour-on-a-des-roi-vraiment-mesurables/
Rencontres de l’innovation éditoriale 2026, 5 février 2026 — https://video-mobile.org/RIE2026/programme-des-rencontres-de-linnovation-editoriale-2026-salle-1/
Conférence intermaster « Le droit public face à l’IA », 23 avril 2025 — https://www.masterdmaap.fr/conference-intermaster-le-droit-public-face-a-ia/
Publication LinkedIn, « Mes TOPS, mes FLOPS et mes TIPS après 2 ans d’utilisation massive de l’IA », octobre 2024 — https://fr.linkedin.com/posts/sandrine-g%C3%A9rard-562b8415b_mes-tops-mes-flops-et-mes-tips-apr%C3%A8s-2-ans-activity-7254441345056927744-HiQs
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Il est crucial que les collectivités territoriales développent leurs propres instruments et s’approprient l’IA pour améliorer les services aux personnes
Bravo pour le Loiret